A QUOI SERT L' IMPÔT?

Publié le 3 Mars 2015

A l’heure des choix budgétaires de l'Eurométropole, WPA publie ci après une contribution aux débats d'Alain Jund et Syamak Agha Babaei, vice-présidents écologiste et socialiste de l’Eurométropole de Strasbourg. 
Ils rappellent les fondements de la fiscalité comme ciment de notre démocratie, en Europe, en France, à l'Eurométropole ou à Wolfisheim.
WPA suscite le débat et sollicite votre avis, qui paraitra dans le forum des lecteurs ou sous forme d'article.

 

 L’impôt, garant du vivre ensemble

Il en est ainsi à chaque période de débat budgétaire, que ce soit au plan local comme au plan national. L’impôt (direct ou indirect), la fiscalité, et donc la contribution de chacun à la collectivité, se trouvent au centre des controverses avec un refrain qui revient en boucle : c’est trop !
Cependant, qu’est-ce que l’impôt, sinon le moyen de donner à la collectivité publique le pouvoir d’agir pour le plus grand nombre ? Sinon la seule ressource de ceux qui ont “peu”, et plus encore de ceux qui n’ont rien ? Le consentement à l’impôt est indissociable de la construction de la démocratie. C’est à la fois le “carburant” des services publics, l’essence même du vivre ensemble et le levier premier de la solidarité. L’égalité républicaine n’aurait aucun sens sans un impôt juste, progressif, à la hauteur des capacités contributives de toutes et tous.


Et pourtant, que n’avons-nous entendu depuis un quart de siècle. La baisse des contributions fiscales directes est présentée comme indispensable et nécessaire : pour la compétitivité, pour l’emploi, pour le dynamisme concurrentiel et pour le “marché”. C’est un peu la course à l’échalote de celui qui, de droite comme de gauche, formule l’annonce la plus séduisante pour “la croissance et le développement”. Ainsi va l’air du temps.
Et pourtant, ce n’est pas en contestant la prise en charge par la collectivité de certains besoins fondamentaux financés par la collectivité que l’on supprime les besoins de nos concitoyens ! Au contraire, mais on renvoie leur prise en compte à la situation et aux ressources financières de chacun. Rupture d’égalité qui revient, dans la pratique, à pénaliser les plus démunis.
Et pourtant, à Strasbourg comme ailleurs, les besoins et attentes de nos concitoyens n’ont cessé de croître. Longue est la liste des services à la population quasi inexistants il y a 30 ans dans notre ville : combien de structures d’accueil de la petite enfance, combien de services périscolaires et de restauration scolaire, combien de médiathèques et combien de lignes de… tram !


Sans oublier l’émergence depuis le début des années 80 de nouvelles exigences au regard des défis que nous avons à relever collectivement : traitement de l’eau et des déchets, protection des espaces naturels, lutte contre les pollutions, structures liées au vieillissement et à la précarité croissante.
Cela demande des réponses nouvelles, et donc des services utiles à tous. Est-il besoin de répéter que c’est dans les pays où les prélèvements sociaux sont les plus élevés (Danemark et Suède) que les inégalités sont les moins criantes, le niveau de protection sociale le plus élevé et l’environnement le mieux protégé.

Pour un impôt local progressif

Alors, à l’attention de ceux et celles qui ont pour seul horizon le gel permanent de la fiscalité et la diminution irrémédiable des impôts, nous estimons bien au contraire que la solidarité et le vivre ensemble au sein d’une collectivité dépend, pour beaucoup, de la justice fiscale. Sans prélèvements sociaux, le coût d’une année en école maternelle serait de 5 000 euros par enfant, le prix d’un billet de tram de 5 euros. Quant au coût d’un kilomètre de route, il s’élèverait à 100 000 euros, et une place en crèche reviendrait à 13 000 euros par an.
À l’heure où certains de nos concitoyens, et pas les moins connus, s’illustrent par leur capacité à se domicilier dans des pays fiscalement avantageux, à l’heure où bien des grandes entreprises concourent à l’évasion fiscale pour échapper à la solidarité nationale, n’oublions pas qu’ils bénéficient et “profitent” les uns comme les autres des infrastructures publiques de notre pays (éducation, santé, transports, eau…).


Rétablir une véritable égalité devant l’impôt est plus nécessaire que jamais pour s’attaquer à la crise des finances publiques et répondre au malaise démocratique. Cela passe par une réforme fiscale plus juste et acceptable par tous. Remettre à plat notre fiscalité locale, avec des impôts locaux progressifs et plus solidaires, constitue le levier pour une politique ambitieuse de services en direction de tous les habitants de notre Eurométropole.

La qualité du vivre ensemble dans notre agglomération et le bien-être de tous nos concitoyens dépendent de la contribution de chacune et chacun.
Alors localement, ne cédons pas à ces mêmes sirènes. Ayons le courage de nos ambitions… pour plus de solidarité, pour davantage de services à la population et pour construire, ensemble, notre avenir commun.

A QUOI SERT L' IMPÔT?
A QUOI SERT L' IMPÔT?

Rédigé par WPA

Publié dans #Finances

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